Les Voyages

Il ya des voyages qu’on fait pour fuir un quotidien, pour l’espace d’un instant oublier ses journées qui s’enfilent, s’oublier quelque peu dans l’euphorie d’un moment, hors d’ici, hors du temps.

Il y a des voyages qu’on fait pour changer, changer d’air, changer du plan-plan, changer de nom, changer de ville, se griser un moment et renaitre loin d’ici, dans l’ailleurs, expérimenter autre chose, un autre soi, une autre vie, et, une fois dessoulé, retrouver nos pénates, reprendre nos routines.

Il y a enfin des voyages qu’on fait au tout dedans, dans cet antre chargé qu’est sa vieille carcasse qui nous pèse un peu trop après toutes ces années. Ce peut être lointain ou seulement au jardin, dans un livre d’aventure, dans une tasse de thé fumant. Il s’agit avant tout du dedans, de ce nous qu’on ne regarde plus qu’on retrouve peu à peu, non dans l’ailleurs mais dans le maintenant !

Alors pour moi, il y a le Japon et particulièrement Kyoto… Les pieds dans le présent la tête dans la mémoire d’un passé révolu et pourtant si présent, déambuler loin des foules à toucher, effleurer plutôt ces brumes du passé et trouver avec elles un soi-même bien enfoui…

Japon, je te dis à bientôt !

Une pipe sinon rien…

Les volutes s’élèvent dans la pièce, brins de fumée évaporés.

La bruyère au bec, je suis assis dans le fauteuil. Salon tamisé, musique baroque et le chat sur les genoux. La pipe c’est un moment de calme, ça n’a rien à voir avec cette clope qu’on arrache au temps entre deux rendez-vous, petit moment volé, sas de décompression d’un vie à mille à l’heure. La bouffarde se mérite, on doit y consacrer du temps, s’arrêter vingt minutes, préparer le brûle gueule, le bourrer, l’allumer, en tirer quelques bouffées.

Profiter de la première, comme d’une première gorgée, tout est là et ne subsiste pas. La première c’est un moment spécial, le palais encore vierge, les odeurs décuplées. On se laisse apaiser, l’odeur est douce amère, coussin de fumée qui envelope la langue. Pas question d’avaler, la pipe ça se recrache, se crapote doucement. Nul odeur âcre du papier, tout n’est que feuille de tabac à l’humidité contrôlée.

Je m’y suis mis le temps d’un confinement. Alors je venais de perdre ma grand mère maternelle (la seconde ne tarderait pas à la rejoindre mais je ne le savais pas encore) et dans la vieille maison qu’il nous fallait vider, je retrouvais ses pipes. Cela faisait 11 ans qu’il nous avait quitté et rien n’avait bougé. La nostalgie me cueillit, vieille amie qui veille sur mon épaule.

Sitôt rentré, j’achetais de l’Amsterdamer et allumais ma première écume, celle qui trônait au coin de l’âtre dans ce bureau où l’aïeul s’attablait sur un courrier et où je veillais le feu. Trop fort, trop amer, la tête qui tourne, l’odeur trop lourde, je ne pus la finir, ni tirer quatre bouffées mais l’odeur résista, rappelant avec elle ces moments du passé oubliés, enfouis dans les méandres de l’enfance.

Des retours en voitures où papy fumait sa pipe et mamie s’alarmait de l’odeur trop présente, des après midi d’hiver où seuls tous les deux dans la pièce du fond, il allumait sa pipe face à la cheminée en me parlant de son enfance.

Souvenirs si lointains du fond des années 90, il n’avait plus touché la pipe depuis son infarctus, alors j’étais en 3ème. La mémoire est prodigieuse qu’elle ramène au présent un passé si ancien qu’il se perd dans le temps.

Depuis j’y ai pris goût, une fois de temps en temps, un blond de Virginie aux doux pétales de rose, une odeur plus subtile, moins têtue, plus sucrée sur un coin de journée quelques fois dans l’année. Une pipe taille enfant aux rayures de matelot, mais une bruyère Chacom acquise un jour d’été dans mes terres natales.

Les volutes s’envolent, la fumée effacée mais l’odeur subsiste d’un foyer oublié…

Hésitation

Dix fois, vingt fois, sans foi, remettre le travail à l’ouvrage. S’y pencher, hésiter, ne trop savoir pourquoi, ne trop savoir comment, hésiter, douter, poser. Reprendre, d’un coup de tête, d’un coin de table, reprendre, reposer, repenser et douter, hésiter, reposer. Ne plus trop savoir, douter, toujours douter, accouchement douloureux… Quand le doute fige l’âme, arrête le geste et attend que le temps ne force le passage.

Le petit enfant

Caché sous les couvertures, oublié, il n’attend que le moment propice pour se rappeler à nous ce petit d’homme, cette humanité fragile qui réside et se love.

La fatigue, le stress, les souvenirs qui saisissent l’âme, nulle psychanalyse pour en comprendre sa sortie cette semaine d’octobre lors d’un voyage à Londres.

Mardi soir, fin de journée en bordure de Tamise où le travail m’a porté, je file à mon hôtel tout guilleret d’une soirée bien méritée à Camden… la fatigue, la gêne, je ne sais trop expliquer ce qui se passe mais résultat je finis à l’hôtel.

Dictature du X (1/2)

Point de cela entre nous, rentrez donc chibres et vis poilus car le moment n’est pas au déballage des sens mais à celui des émotions. Car seize années durant, j’ai parcouru les monts, les vallées escarpées d’un monde d’oiseaux bleutés.

Il n’était guère joli mais il s’était fait seul, sans aide de nulle part il était comme on est : un corpus mouvant aux reflets inconstants aux frontières floutées.

Il était au début un monde où découvrir où trouver des amis (des monuments depuis, n’est-ce pas l’ami @matoo), où chacun s’exprimait, écrivait ses idées, ses souffrances et ses tags.

Et chaque vendredi était l’heure du rituel faisant fleurir les #FollowFriday comme une trainée de poudre. Curation des amis, des blogueurs, de ces autres que les amis aimaient, découvertes d’autres mondes, d’autres verbes, d’autres êtres.

Puis vint l’envie de se voir, autour d’une après-midi Ladurée avec les quelques-uns parisiens dont je me sentais proche. Ou de se retrouver le temps d’une soirée, d’un des mythiques TwitApéros de l’ami @newem dont les JeudisBeuverie ne sont qu’un pâle reflet et qui inexorablement se finissaient au McDo de l’Hotel de Ville !

Alors j’abandonnais ces rivages, gardant bien contre moi ces amitiés offertes, oubliant quelques années ces berges si accueillantes qui m’offrirent de vivre mes plus belles années de pédéparisianité !

Quelques années passèrent et de ce monde bleuté aux quelques ramages bien lestes devint d’un arbre gigantesque où la diversité n’avait d’égale que le clivage, où politique, journalisme et sexe fleurissaient plus désormais que la trainée d’amour (parfois vachard) que j’avais découvert à ses jeunes années ! Seule constante subsistante : l’amour du drama, de cet art de la posture exagérée où les gris cèdent le pas soit au noir soit au blanc !

Alors revinrent à moi ces moments d’allégresse à découvrir les gens, à se laisser aller à l’amitié facile, à ces folles découvertes d’à l’autre bout de France, à se laisser griser par quelques mots échangés et franchir le pas du rail !

Et c’est là que l’oiseau tomba de son nid…

… la suite demain !

Retour dans les pénates

Les vacances sont déjà finies, il faut rentrer chez soi, abandonner les heures à flâner dans la ville sans objet, sans contrainte, dans ce morceau d’espace où le ciel est de joie et le soleil de plomb.

Ô nul drame à cela, j’en suis presque ravi, tout autant qu’attristé. Les repos ne sont que cela, un moment hors du quotidien pour découvrir et s’ouvrir, se laisser emporter charmer et chahuter loin de cette zone de confort où la paresse nous garde.

Alors rentrer est un moment de joie où on fait son cartable et emporte avec soi souvenirs et joies, résolutions nouvelles et moments de lucidité. Tu sais, ces instants où soudain la vie prend son recul, où le monde se déploie sous un nouveau soleil qui nous était caché comme si une part de nous nous était révélée tout à coup cachée dessous le voile.

Alors repartir est bienheureux, comme récipiendaire de nouvelles vérités, d’une sagesse toute récente qu’il nous faut amadouer, intégrer au décor de nos banalités.

Retrouver les pénates… J’aime ce mot autant que son objet. Ce cocon où les heurts du monde s’effacent et laissent place à la douce moiteur d’un antre de réconfort, au chat près de la cheminée, aux livres, bouts d’intemporalité.

Les vacances sont finies mais commence avec elles un nouveau lendemain aux espoirs inavoués…

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